MONGOLIE – Naissance d’une randonnée équestre

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

Cet article a pour but de vous faire vivre « de l’intérieur » la création d’une nouvelle rando à cheval en Mongolie par Sabine et Yeruult, de l’équipe Randocheval, depuis le rêve que nous souhaitons partager avec les cavaliers européens, jusqu’aux joies et difficultés de la concrétisation de l’itinéraire sur le terrain.
Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à suivre nos aventures que nous en avons eu à les vivre !

C’est l’histoire de la naissance d’une randonnée, une histoire qui finit bien…

Tout commence avec un rêve, celui de pouvoir rassembler en une seule rando les deux aspects les plus séduisants de la Mongolie : les vastes steppes et les dunes du Désert de Gobi.

On nous disait que c’était impossible… Les chevaux ne sont pas présents dans la plus grande partie du Désert de Gobi, seuls les chameaux peuvent résister à son climat extrême. Seules des méharées et des rando-treks étaient donc proposées aux cavaliers qui voulaient découvrir les dunes après leur rando à cheval dans les steppes de Mongolie Centrale.

Quand on remonte un peu plus vers le Nord du désert, les chevaux refont peu à peu leur apparition, mais il n’y a plus de dunes, seulement de vastes étendues rocailleuses peu propices à la randonnée équestre.

Nous avons cherché pendant plusieurs années une zone qui combinerait à la fois la présence des chevaux et une zone de dunes suffisamment importante pour y faire des randonnées de plusieurs jours, sans succès.

Et c’est finalement la rencontre avec un éleveur nomade d’une région que nous connaissions pourtant bien, qui nous a incités à explorer plus en profondeur les sables du Bayan Gobi, au sud du Parc de Khogno Khan, entre Oulan Bator et la Vallée de l’Orkhon.

 

Pour préparer une rando en Mongolie, il vous faut… une photo satellite !

Nous faisions depuis longtemps des randonnées d’une journée dans cette zone, lors d’une étape de transition sur la route de l’Orkhon. Nous n’imaginions cependant pas l’étendue des dunes dans cette région, qui s’enfoncent jusqu’au sud de Parc de Batkhaan Uul. C’est une pointe avancée vers le Nord du Désert de Gobi, longée par une rivière qui lui vaut son nom de « Bayan Gobi », le « Désert Riche »…

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

En l’absence de cartes topographiques détaillées, c’est à partir d’une photo satellite que nous établissons notre itinéraire prévisionnel : nous comptons faire 3 journées de randonnée à cheval dans cette zone, avant de rejoindre la Vallée de l’Orkhon toute proche.

Nous connaissons les beautés des steppes de l’Orkhon, classées au Patrimoine Mondial comme le berceau du mode de vie nomade en Mongolie. C’est « la Mongolie comme on l’imagine », celle des yourtes, des vastes étendues de steppe parcourues par des troupeaux de chevaux, yaks, moutons, en liberté…

Nous proposons dans l’Orkhon des randonnées à cheval depuis plus de 15 ans, à la fois en version aventure sous la tente et en version confort avec nuits sous la yourte.

L’idée est donc de coupler ces randos dans la steppe avec ce nouvel itinéraire dans le désert de Bayan Gobi pour offrir une vision complète de la diversité des écosystèmes de Mongolie.

 

Du satellite jusqu’au cheval dans les dunes… le grand saut !

Mi-Mai, au tout début de la saison, nous réunissons une petite équipe de cavaliers à la fibre un peu aventureuse pour aller voir « à hauteur de cheval » à quoi ressemblent ces paysages qui nous ont fait rêver depuis la photo satellite…

Sont présents : Sabine (fondatrice de Randocheval et Rando Cheval Mongolie – Voyage Mongolie), Yeruult (directeur exécutif de Randocheval Mongolie), notre chauffeur et cuisinier Zorgo, notre éleveur nomade et un de ses amis chargé de conduire le chameau de bât.

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

Car en effet, qui dit « désert » dit « chameau », en Mongolie… Nous avons donc prévu un chameau de bât pour être sûrs de pouvoir atteindre les zones les plus isolées dans les dunes, là où le véhicule logistique pourrait ne pas nous rejoindre.

Nous emportons tout le matériel de bivouac nécessaire à plusieurs jours de rando.

Nous ne savons pas précisément où nous mettons les sabots, même les éleveurs nomades qui habitent pourtant la région depuis des générations ne sont jamais venus dans cette zone.

Nous nous retrouvons à un premier point de bivouac relativement facile d’accès à la fois pour notre véhicule et pour les nomades qui nous rejoignent avec 6 chevaux et 1 chameau.

La vision de ces deux cavaliers approchant au milieu des dunes, dominés par la haute silhouette du chameau rendue encore plus impressionnante par son poil d’hiver est comme une image directement sortie de nos rêves, la concrétisation d’un projet auquel nous avions tellement pensé…

Chameau de bât… ou pas !

Nous passons une première nuit très fraîche (il fera jusqu’à -5°C la nuit, ce qui est normal pour la saison), impatients de ce que nous allons pouvoir découvrir le lendemain, lors de notre première chevauchée dans les dunes.

Mais un léger détail retarde notre premier départ : notre chameau est visiblement le seul à ne pas être au courant qu’il est un chameau « de bât » !

Blague à part, dans cette partie du désert, nous sommes les premiers à organiser une randonnée : les chameaux ne sont donc pas habitués à porter des charges, ils ont juste pour fonction de fournir leur poil, utilisé pour la confection de vêtements et de cordes, et de porter des humains, mais pas de colis et autres paquets…

Il faut commencer par éduquer notre imposant camarade à deux bosses, qui ne se montre pas du tout coopératif. Il proteste vigoureusement (et bruyamment) contre nos projets de lui mettre sur le dos deux gros colis renfermant nos provisions.

Après une bonne demi-heure pendant laquelle nos amis nomades font preuve de leur grande connaissance du comportement de ces animaux, notre chameau est chargé et suit docilement un des nomades qui est lui-même monté sur son cheval. Nous sommes prêts à partir.

Un paysage spectaculaire…

Notre nomade longe les dunes avec son chameau pour qu’il s’habitue à son nouveau rôle dans un environnement le plus simple possible.

Pendant ce temps, les cavaliers attaquent les premières dunes pour découvrir enfin les paysages qu’elles recèlent, et qu’il est très difficile d’imaginer à partir d’une simple image satellite !

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

La surprise est de taille : les dunes sont bien plus grande que nous ne l’imaginions, elles atteignent facilement plusieurs dizaines de mètres de haut, et s’étendent sur plusieurs kilomètres de large. Nous les traversons dans leur plus petite largeur pour rejoindre une montagne d’où nous prendrons plus de hauteur pour une vue panoramique des environs.

Quelle merveille ! Dans nos rêves les plus fous, nous n’avions jamais imaginé paysage plus spectaculaire : les dunes sont là, bien sûr, mais elles sont bordées de montagnes rocailleuses et sombres, qui forment une toile de fond grandiose, leur silhouette noire tranchant sur le sable doré des dunes.

Et au milieu coule une rivière… Entre le noir et l’or des montagnes et des dunes serpente une rivière dont le parcours très tortueux forme une étrange calligraphie bordée d’un vert éclatant !

Le bleu indigo du ciel complète cette incroyable gamme de couleurs qui affole les capteurs de nos appareils photos !

A la recherche du centre de la Mongolie…

Nous longeons les crêtes des collines et le paysage se fait à chaque instant plus spectaculaire : les langues de dunes alternent avec les coudes de la rivière dans une symphonie en vert et or.

Nous savons que le centre géographique de la Mongolie se trouve dans cette région, mais il est difficile de savoir précisément à quelle distance. Nous tentons l’aventure, histoire de voir si cette étape vaut la peine d’être incluse dans l’itinéraire de cette rando à cheval.

Cela impose de nous éloigner de la rivière, et de nous enfoncer dans les dunes, une épreuve difficile pour chevaux et cavaliers. Nous mettons souvent pied à terre, car en mai, à la sortie de l’hiver, nous devons économiser les forces de nos montures qui ont enduré un hiver particulièrement rigoureux, avec des températures jusqu’à -40°.

Nous marchons pendant des heures dans les dunes, profitant de chaque sommet pour tenter de repérer notre cap, dans cet océan de sable…

Nous sommes surpris de la richesse de la faune : troupeaux de chameaux sauvages errant au creux des dunes, et même une dizaine de grands cerfs que nous surprenons au hasard de nos chevauchées !

Il nous faut encore contourner une haute montagne de grès sombre avant de rejoindre ce fameux centre géographique de la Mongolie, marqué par une stèle. Nous y arrivons enfin, éprouvés par cette longue traversée. Nous nous posons de plus en plus de questions sur l’intérêt d’intégrer cette étape dans notre rando, car elle est à la fois fatigante et elle ne permet pas beaucoup d’allures vives.

La montre GPS de Yeruult marque déjà plus de 25 km, soit une journée de rando moyenne. Bien sûr, nous pourrions envisager d’établir le bivouac ici, mais nous ne sommes pas convaincus de l’intérêt du site, à côté de la beauté époustouflante des paysages de l’autre côté des dunes.

Nous établissons un « conseil de guerre » au pied de la stèle, Yeruult dessinant dans la terre une carte sommaire des régions traversées depuis le matin. Même les chevaux semblent prendre part à la réflexion.

Nous allons tenter de couper par une zone de steppes pour rejoindre le point de bivouac prévu pour le soir. Si cette zone de steppes permet des allures vives, alors nous pourrons intégrer cette étape dans la rando, en précisant aux cavaliers qu’il s’agira d’une grosse journée à cheval.

Lorsque nous arrivons enfin au bivouac, nous avons parcouru plus de 45 km à cheval, dans un terrain difficile de dunes profondes et de steppe au terrain instable car troué de galeries de marmottes et de taupes. Notre décision est prise, le centre de la Mongolie ne fera pas partie de cette rando. Même si l’idée en paraissait séduisante, c’est le plaisir équestre qui doit guider la réalisation de notre itinéraire !

Un bivouac magique entre dunes et steppes…

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

Le bivouac de ce soir est particulièrement idyllique, comme si la Mongolie voulait se faire pardonner de nous avoir infligé une journée aussi extrême…

Nous sommes exactement à la limite entre les dunes, au pied desquelles viennent dormir les chameaux sauvages, et une zone de steppe humide dans laquelle s’ébattent des dizaines de troupeaux de vaches et de moutons. Plus le soleil descend sur l’horizon, plus les troupeaux rejoignent cet herbage, dans une sorte d’arche de Noé naturelle.

C’est la période des naissances, et les jeunes veaux sont nombreux : ils s’approchent prudemment de nos tentes, partagés entre curiosité et appréhension.

Autour du dîner, nous faisons le point sur cette première journée à cheval. Nous établissons l’itinéraire définitif pour nos cavaliers : ils traverseront les dunes à leur point le plus étroit avant de rejoindre les hautes steppes qui offrent des vues spectaculaires sur cette région à la géologie si tourmentée, en une étape d’environ 27 km.

Nous nous endormons sous l’inimitable ciel étoilé de Mongolie, préservé par l’absence de lumière artificielle à des dizaines de km à la ronde, le corps cassé de cette journée à cheval éprouvante, mais heureux d’avoir pu établir une première journée pour nos cavaliers, qui conjugueront plaisir de chevaucher dans le sable, galops dans les steppes et vues panoramiques à couper le souffle. 

Deuxième journée à cheval – au coeur des dunes

Le lendemain, nous attaquons notre deuxième journée à cheval en longeant vers le nord le cordon de dunes.

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

Notre chameau de bât s’est vraiment bien habitué à son rôle, maintenant, et nous l’approchons de plus en plus près au cours de notre chevauchée, pour qu’il se familiarise avec la présence de cavaliers « étrangers » à son cercle habituel. Il marche bravement sous sa charge, à une allure plutôt rapide pour nos chevaux, ce qui est agréable pour les cavaliers qui peuvent ainsi à la fois profiter de sa présence dépaysante et d’un rythme rapide.

Nous traversons sans encombre de grands troupeaux de moutons près d’un groupe de yourtes, notre chameau reste d’un calme olympien…

Cette fois-ci, il nous semble capable de nous accompagner dans les dunes, son comportement s’étant considérablement « fiabilisé » !

C’est donc une petite caravane de 4 cavaliers, 6 chevaux et 1 chameau qui s’enfonce dans les dunes, qui sont encore plus hautes dans cette partie du désert.

Le paysage est assez différent de ceux que nous avons traversés la veille : les dunes sont ici très hautes, souvent complètement dépourvues de végétation, et elles sont très proches de cette montagne de roche noire, offrant un contraste vraiment saisissant.

Nous décidons de privilégier cette très belle zone de dunes pour cette deuxième journée à cheval, quitte à ralentir un peu le rythme si nécessaire. Mais nous nous apercevons vite que le chameau impose son allure chaloupée mais rapide, et nos chevaux sont bien souvent au trot ou au galop. C’est l’occasion d’apprécier leurs qualités d’endurance et leur générosité.

De l’autre côté des plus hautes dunes s’étend une zone où les dunes sont moins hautes et partiellement couvertes d’une variété de genévrier utilisée dans toute la Mongolie comme encens dans les monastères. Nous chevauchons dans l’air embaumé de cette odeur forte et envoûtante.

A la fin de la matinée, nous sortons des hautes dunes pour pique-niquer dans un endroit étonnant : un énorme rocher noir dépasse, tel une île, d’un océan de douces dunes blondes frangées d’herbes dorées.

Nous apercevons déjà au loin les hautes falaises de la montagne sacrée de Khogno Khan. Nous traversons la route qui relie Oulan Bator à l’ancienne capitale Karakorum, avant de rejoindre notre site de bivouac, encore une fois superbe, au bord d’un lac dont la situation est tout simplement étonnante : tel une oasis, il est posé entre les dunes et la steppe, avec la montagne sacrée en arrière-plan.

Pélerinage nomade

Rando Cheval Mongolie – Voyage équestre

Pour notre troisième et dernière journée de rando à cheval dans les dunes du Désert de Bayan Gobi, nous changeons encore une fois complètement de paysage : les dunes font maintenant place à une steppe semi-désertique, aux espaces immenses et vertigineux.

Nous la traversons « au cap », comme des voiliers sur une mer étale. Nous rejoignons d’abord un pic, comme un phare dans cette immensité, qui marque une première étape de ce pélerinage nomade aux sources des croyances bouddhistes et animistes des nomades de Mongolie. Ce site est sacré, bien sûr, et nous trouvons la trace de nombreuses offrandes aux esprits du lieu.

Nous nous rapprochons de plus en plus des hautes falaises de la montagne sacrée de Khogno Khan, que les Mongols vénèrent au point de ne pas oser prononcer son nom.

Nous découvrons à cheval les principaux sites religieux et animistes, et c’est au grand galop que nous atteignons le monastère d’Ovgon Khiid, un des plus anciens de Mongolie.

Nous prenons un peu de hauteur sur les pentes de la montagne pour pouvoir apprécier toute la beauté des espaces que nous avons traversés à cheval pendant ces trois jours. Les dunes composent avec les rives verdoyantes de la rivière un magnifique patchwork.

Sous la yourte au pied de la montagne sacrée

La première partie de cette nouvelle rando qui ne pouvait s’appeler autrement que « Gobi et Steppes de Mongolie à cheval » se termine au pied de la falaise de Khogno Khan, dans un camp de yourtes dont nous apprécions le confort après ces journées en bivouac dans le désert.

Il est toujours agréable de passer une nuit sous la yourte au milieu d’une rando en bivouac, à la fois pour bénéficier d’un peu de confort et pour expérimenter ce mode d’hébergement qui est un des symboles de tout voyage en Mongolie. 

La situation de ce camp est particulièrement impressionnante, niché dans un creux au pied des falaises, face à l’immensité de la steppe…

Les steppes de la Vallée de l’Orkhon

C’est avec la satisfaction d’avoir vu la réalité dépasser nos rêves que nous prenons la direction de la Vallée de l’Orkhon.

Nous avions limité la partie « Désert » de cette randonnée à 3 jours, de peur d’un paysage un peu monotone de dunes. Bien au contraire, nous avons trouvé un étonnant mélange de dunes, de falaises, de rivière et de marécages, le tout peuplé d’une vie très riche, qu’il s’agisse des troupeaux de chameaux que nous croisions sans cesse dans les dunes, des animaux sauvages ou des troupeaux des nomades dans les herbages près de la rivière. Nous nous prenons même à imaginer une rando à cheval plus longue, uniquement consacrée à cette région.

Mais ce serait passer à côté de la Vallée de l’Orkhon, vers laquelle nous nous dirigeons maintenant, et dont nous connaissons si bien la beauté de renommée mondiale.

Bien que nous ayons déjà repéré depuis longtemps cette partie « Steppes » de la randonnée, nous ne résistons pas au plaisir de rejoindre nos éleveurs nomades de la Vallée de l’Orkhon. Il sont en effet en pleine Transhumance de Printemps, aidés dans cette vaste tâche par 10 de nos cavaliers.

Quel contraste avec les espaces désertiques que nous venons de quitter ! L’herbe vert fluo du printemps adoucit les pentes de la vallée, et en quelques kilomètres, les yacks ont remplacé les chameaux

Qui pourrait imaginer un tel grand écart climatique sur une si faible distance ?
C’est toute la magie de cette nouvelle rando telle que nous l’avions imaginée qui nous saute aux yeux… et au coeur !

 

MISE A JOUR 2017 : Après deux saisons, nous avons décidé de ne plus prendre de cheval de bât car celui-ci n’avait pas vraiment d’utilité, le véhicule logistique pouvant finalement passer partout. Par ailleurs, le chameau n’allait pas au même rythme que les chevaux, et devait donc emprunter un autre itinéraire plus court, ce qui perdait de son charme.

Par contre, une promenade à dos de chameau a été ajoutée, de façon à permettre aux cavaliers de tester cette monture typiquement mongole !

 

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