PATAGONIE, entre pampa et glaciers…

Sabine lors de sa rando à cheval en Patagonie (Chili)

Repérage de notre randonnée en Patagonie par Sabine et Thomas.

La Patagonie… Terre mythique qui enflamme l’imaginaire, comme un bout du monde où l’homme s’incline devant une nature extrême qui dicte sa loi.

Tout au Sud du continent américain, à cheval entre Chili et Argentine, les derniers contreforts de la Cordillère des Andes viennent mourir dans un océan de Pampa aux hautes herbes ondulantes.

La Patagonie naît de cette rencontre, de ce contraste entre étendues sans fin et sommets d’une verticalité absolue, tours acérées d’où dévalent d’impressionnants glaciers qui sèment leurs icebergs dans des lacs aux eaux laiteuses…

 

Alors que l’avion survole les vastes étendues de l’Argentine, mes rêves se peuplent de gauchos au visage buriné, montés sur leurs fiers Criollos et conduisant leurs troupeaux sur les immenses territoires des estancias…

L’arrivée à Punta Arenas, sur les rives du Détroit de Magellan, semble un atterrissage dans un autre monde. La ville est faite de maisons fragiles et colorées perdues au bord de l’immensité. Le temps d’emballer  soigneusement nos affaires dans de grands sacs étanches en prévision du départ de la randonnée, et nous sombrons dans un sommeil réparateur.

 

Torres et Cuernos

Le lendemain, c’est avec beaucoup d’excitation que nous prenons la route en 4×4 vers Puerto Natales et le Parc National de Torres del Paine. La Patagonie se mérite, et nous guettons tout le long du voyage la célèbre silhouette de ces pics rocheux surplombant la Pampa.

Nous nous arrêtons quelques instants pour admirer les premiers habitants sauvages de ces lieux : les pingouins de Magellan, qui se rassemblent en colonies bruyantes en certains points du détroit.

Le Parc National de Torres del Paine a été déclaré Réserve de Biosphère par l’Unesco en 1978, et doit son nom aux pics vertigineux appelés « tours » du Paine, qui domineront l’ensemble de notre randonnée.

Les Torres sont voisines d’autres pics tout aussi spectaculaires, les Cuernos – « cornes » – del Paine, dont les crêtes acérées et bicolores sont parmi les plus beaux paysages de montagne que l’on puisse imaginer… Ces Cuernos sont formées de deux strates géologiques superposées, l’une claire à la base, et l’autre, au sommet, presque noire, formant un contraste saisissant.

Enfin, juste sous les Cuernos, un panneau nous annonce « Bienvenido Parque Nacional Torres del Paine », nous allons faire connaissance avec les montures et les guides qui seront nos complices pendant cette randonnée équestre en Patagonie.

 

En selle sur des chevaux Criollos

Première surprise : ici, pas de gauchos… Fernando, qui s’occupera des chevaux le soir et qui prendra en charge le cheval de bât, est un « baqueano », c’est le nom que portent les gauchos en Patagonie Chilienne.

Mais peu importe le nom, Fernando semble tout droit sorti de notre imaginaire, avec son béret noir, sa large ceinture de cuir travaillée dans laquelle il glisse invariablement un grand couteau !

Nos chevaux sont des Criollos à la silhouette solide, porteurs et rustiques. Le harnachement est tout aussi dépaysant, selles chiliennes à arçon de métal recouvert de cuir et peau de mouton, brides faites de corde et de cuir. Les selles sont confortables pour les longues distances, et les étriers sont recouverts d’une coque de cuir qui empêche le pied de passer au travers. Les licols sont conservés durant la journée avec la longe nouée autour de l’encolure pour pouvoir attacher les chevaux à la pause pique nique.

Au cours de ces huit jours de randonnée, nous parcourrons les plus beaux site du parc de Torres del Paine, en laissant délibérément de côté les piste de trekking, fréquentées par les marcheurs, pour ne prendre que des sentiers où nous rencontrerons peu d’humains et qui nous permettront d’atteindre des régions très éloignées, jusqu’au-dessus du glacier Dickson, à la frontière avec l’Argentine !

Le Parc de Torres del Paine présente des paysages très différents sur une surface relativement réduite : pampa, lacs remplis d’icebergs et rivières au sud, glaciers et pics acérés au centre, montagne et forêts au nord…

 

Glaciers et Icebergs

Durant les quatre premiers jours, nous chevauchons dans la partie Sud du Parc, autour du lac Pingo et du lac et du glacier Grey, le plus spectaculaire du parc.

Directement issu du Campo de Hielo Sur, immense champ de glace de 13500 km², le glacier bute sur une île qui l’oblige à se couper en deux avant d’arriver au lac où des icebergs se détachent dans un vacarme assourdissant et animent les eaux du lac de leur camaïeu de bleu.

Cette partie du parc est également le territoire de la pampa, propice aux longs galops dans les hautes herbes qui s’inclinent sous le vent comme pour saluer notre passage…

Cette gigantesque prairie est traversée de rivières qui relient un labyrinthe de lacs aux couleurs très différentes : d’un blanc laiteux surprenant lorsque les eaux sont issues directement de la fonte des glaciers, au bleu le plus vif, en passant par toutes les nuances de vert. Les noms reflètent cette variété : glacier Grey, Laguna Azul, Laguna Verde…

Nous ne nous lassons pas de photographier ces paysages impressionnants, surplombés par les fascinantes Cuernos del Paine. Nous aurons la surprise, à notre retour, de constater que la lumière si particulière de la Patagonie, très blanche, fait presque paraître factices ces montagnes en arrière-plan des cavaliers !

 

Quarantièmes Rugissants

Nous sommes d’abord surpris par la météo plutôt clémente : alors que nous nous étions préparés à une véritable expédition extrême, nous nous retrouvons en tee-shirt, après avoir enlevé toutes les épaisseurs de polaires, micro-fibre et Gore-Tex que nous avions superposées ! La température, sous un soleil radieux, dépasse les 20°C.

Mais dès le troisième jour, le vent se lève, et bien que le soleil soit toujours de la partie, nous comprenons ce que signifient les « Quarantièmes Rugissants », nom donné par les marins à cette région où les vents font lever des vagues redoutables. La Patagonie est la seule terre qui soit sur le passage de ces vents terribles et le célèbre Cap Horn est tout proche !

La prudence impose chaque matin de s’équiper en fonction de la météo la plus défavorable, car nous pourrons expérimenter les quatre saisons en quelques heures…

Le vent est d’ailleurs traître, puisqu’il empêche de sentir la brûlure du soleil, et plus d’un se retrouvera avec de terribles coups de soleil à l’étape du soir, sur les parties de peau qui dépassaient de la laine polaire !

 

A la nage dans une eau à 3°C !

Par une longue journée à cheval nous revenons vers le centre du parc, en longeant la base des Cuernos, jusqu’à la Laguna Azul, à l’extrême Est.

La deuxième partie de la randonnée se consacre au nord du Parc, une zone très isolée, de l’autre côté de la chaîne du Paine.

Nous suivons la rive nord du Rio Paine, sur laquelle aucun trekkeur ne passe jamais. C’est donc complètement seuls que nous traversons d’anciennes forêts aux arbres torturés par le vent, sous la silhouette hiératique de la face Nord des Torres. Les pics prennent des formes étonnantes, tel le bien nommé « Cabeza del Indio », la tête d’indien !

Notre chevauchée vers le refuge Dickson se termine par une expérience des plus marquantes et qui illustre parfaitement la résistance exceptionnelle des chevaux Criollos. Le refuge est en effet situé de l’autre côté de la rivière glaciaire qui prend sa source dans le Lago Dickson, lui-même parsemé des icebergs du glacier du même nom.

Alors que nous traversons sur un radeau après avoir dessellé nos chevaux, ceux-ci se jettent dans l’eau qui atteint à peine 3°C pour traverser à la nage la rivière large d’une bonne centaine de mètres, au courant puissant et rapide qui les fait dériver sur plusieurs dizaines de mètres !

Leurs respirations cadencées remplissent le silence de la vallée, et nous retenons notre souffle, craignant de les voir emportés par le courant… Les baqueanos rient de notre émotion car en effet, les chevaux sont habitués à cet exercice puisqu’ils le font lorsqu’ils sont en liberté l’hiver et qu’ils recherchent de meilleurs pâturages sur l’autre rive. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de voir un poulain de quelques mois effectuer la traversée en sens inverse le lendemain.

Comme chaque soir, les chevaux restent en liberté, libres de chercher la meilleure herbe, seule la jument dominante est entravée pour la nuit, permettant à Fernando de la monter le lendemain matin pour aller rechercher le reste de la troupe qui s’est éloigné.

 

Aux frontières de l’Argentine

Le lendemain est consacré à la partie la plus isolée du Parc National : nous remontons le Lago Dickson, dans une zone très accidentée, pour continuer jusqu’à un belvédère qui surplombe le glacier.

C’est l’un des plus beaux sites de Patagonie, qui reçoit rarement des visiteurs en raison de son inaccessibilité. La frontière entre l’Argentine et le Chili passe par le glacier, et nous saluons les gardiens du poste frontière perché sur ces hauteurs et dont la relève se fait en hélicoptère.

 

« El condor pasa »…

En quittant la vallée Dickson pour rejoindre les terres de l’estancia Tercera Barranca, nous traversons de vastes pâturages de collines ondulantes qui abritent des centaines de guanacos.  Ces lamas sauvages de Patagonie vivent en troupeaux qui peuvent atteindre près d’une centaine de têtes. Leur pelage doré se confond avec les herbes de la Pampa, mais leur curiosité nous permet de les approcher à quelques dizaines de mètres. Ils dressent alors leur long cou et nous fixent, partagés entre la crainte et l’envie de nous voir de plus près. Quand nous sommes décidément trop proches, ils donnent le signal du départ en bondissant et le groupe s’éloigne alors en grands sauts agiles et rapides.

Les guanacos ne sont pas les seuls animaux sauvages que nous croiserons au cours de cette randonnée : renards au pelage argenté en quête de nourriture, nandous de la famille des autruches, étonnants petits perroquets colorés et majestueux condors seront également au programme.

 

Estancia

La dernière étape de notre randonnée nous conduit sur les terres de l’estancia Tercera Barranca. Comme tous les élevages de Patagonie, elle s’étend sur des milliers d’hectares, il nous faudra plus de deux heures de chevauchée à un rythme rapide à partir de notre entrée sur les pâturages de l’estancia pour atteindre les bâtiments situés au milieu de la propriété.

Cette démesure n’est pas exceptionnelle et n’est pas le signe d’une grande richesse, sur ces terres pauvres et glacées pendant 8 mois de l’année, c’est le minimum pour élever un troupeau de moutons qui fasse faire vivre une famille.

Nous sommes accueillis chaleureusement, dans cette maison hors du temps. L’électricité n’a pas fait son apparition, et c’est au gaz que fonctionnent les lampes qui éclairent les chambres.

Rarement l’impression d’infini aura été si forte que ce soir-là, autour de l’asado – barbecue traditionnel – que nous partageons avec les baqueanos.

Sur 360°, à perte de vue, rien que la Pampa et la chaîne du Paine, embrasées par un soleil couchant qui transforme l’atmosphère en or liquide qui baigne chaque brin d’herbe. Instants magiques…

Le lendemain soir, dans l’avion qui nous ramène vers Santiago, la Patagonie nous réserve une dernière surprise : au-dessus du parc de Torres del Paine, chose exceptionnelle, le ciel est complètement dégagé et le soleil rasant de cette fin de journée découpe les pics acérés, nous offrant un point de vue rarement fixé sur la pellicule !

Les héros de cette chevauchée fantastique y défilent comme sur un générique : au premier plan, les Cuernos del Paine, au second les Torres, et dans le fond, à peine visibles, le grand glacier Dickson et les vastes étendues de l’estancia…

Un dernier cadeau comme pour nous donner envie de revenir !

 

  • Pour plus d’infos sur ce voyage à cheval en Patagonie (Chili), contactez Randocheval du lundi au samedi au 04 37 02 2000 ou info@randocheval.com

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